Qu'est-ce que le land art ?
La seconde moitié du XXe siècle a hérité des avant-gardes, période durant laquelle la peinture, la sculpture, le dessin et la gravure avaient atteint des limites insoupçonnées. Cependant, la recherche artistique ne s'est pas arrêtée là. De nouvelles personnalités ont introduit de nouvelles manières de faire de l'art, comme l'installation, la performance et d'autres formes qui ont ouvert la voie à ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom d'art contemporain. Parmi ces nouveaux mouvements, le land art se distingue par sa relation unique avec la nature et l'environnement.
Bonjour ! Je vous souhaite la bienvenue dans ce nouvel article consacré au land art, ce mouvement artistique fascinant qui nous invite à nous interroger sur la relation qui peut s'établir entre l'être humain, l'environnement et l'art. Accompagnez-moi dans cette lecture pour décortiquer ce courant artistique si particulier, d'autant plus pertinent dans un contexte marqué par une profonde préoccupation climatique.
Origine et objectifs du land art
Nous nous situons dans le monde anglophone, entre les années 60 et 70. Certains artistes commencent alors à voir dans la commercialisation croissante et frénétique de l'art une véritable problématique, et à réfléchir de nouveau au rôle de l'art ainsi qu'à sa responsabilité face à cette situation.
C'est ainsi que les artistes de ce mouvement commencent à réaliser des interventions loin des galeries et des villes. Ils reviennent à la nature, non pas comme simple source d'inspiration, mais comme refuge et comme toile. Leurs œuvres utilisent des éléments de l'environnement pour construire des images.
Mais ce n'est pas tout : l'artiste cherche à ce que son œuvre cohabite avec la nature jusqu'à s'y intégrer. La pièce reste donc sur place, exposée au climat, au temps qui passe, à la croissance de la végétation ou à l'interaction avec les animaux. C'est pour cette raison que conserver une trace de l'œuvre devient fascinant pour certains artistes.
Les caractéristiques fondamentales du land art
Il est nécessaire de définir les limites de ce que l'on peut considérer comme du land art. Voici quelques caractéristiques essentielles de cette tendance :
Utilisation de matériaux naturels Il emploie les éléments présents dans le lieu choisi, comme des feuilles, de la terre ou des pierres. Il peut également permettre d'intervenir sur ces matériaux.
Lien intime avec le paysage La pièce et son paysage sont intimement liés. Autrement dit, le lieu de l'œuvre n'est pas choisi au hasard, mais selon une décision qui définit la narration de l'œuvre.
Œuvres éphémères Il ne s'agit pas d'œuvres permanentes.
Elles sont exposées aux volontés de la nature, et peuvent donc disparaître progressivement ou être absorbées par leur environnement.
Documentation du processus En lien avec le point précédent, les artistes choisissent souvent de documenter le processus de création, d'intégration et de déclin de l'œuvre, en la considérant comme quelque chose d'aussi vivant que la nature qui l'entoure.
Artistes majeurs du land art et leurs œuvres emblématiques
Pour mieux comprendre ce mouvement, je vous invite à découvrir les artistes qui l'ont façonné, ainsi que leurs œuvres les plus importantes.
Robert Smithson (1938–1973)
Artiste nord-américain, Robert Smithson s'est aventuré dans ce mouvement en apportant non seulement des œuvres particulièrement intéressantes, mais aussi des textes théoriques. Ses débuts remontent à l'art abstrait, mais ses réflexions l'amènent rapidement à s'interroger sur la relation entre l'art, le territoire, l'astronomie et bien d'autres sujets. Il est l'auteur de ce qui est peut-être l'œuvre la plus représentative du land art, « Spiral Jetty » (1970).
Walter de Maria (1913-2013)
Dans les années 60, la ville de New York accueille un artiste très intéressant, dont l'intérêt pour l'art conceptuel, le minimalisme et l'installation franchit rapidement les limites de l'art conventionnel.
Ses réflexions tournaient autour de la précision de Mère Nature et de la compréhension des phénomènes naturels. Son œuvre la plus représentative, « The Lightning Field » (1977), est une sorte de pari ou d'expérience : des dizaines de tiges d'acier attendent d'être frappées par les impressionnantes décharges électriques du ciel.
The Lightning Field (1977), Walter De Maria — photo : Retis (Flickr), licence CC BY 2.0
Andy Goldsworthy (1956 - aujourd'hui)
Il s’agit d’un sculpteur et photographe britannique, plus précisément écossais. Son intérêt pour l’écologie l’a conduit à développer une forme d’engagement environnemental à travers son art. Fragiles et éphémères, ses interventions disparaissent rapidement sous l’effet des éléments, ce qui rend leur capture photographique essentielle. Vous vous souviendrez peut-être d’œuvres comme « Bail Hill Arch » (2009).
Bail Hill Striding Arch — photo : Peter Edwards, licence CC BY-SA 2.0
Expositions historiques
En 1968, la Dwan Gallery présente au public une série de photographies, de dessins, de cartes et d'échantillons des œuvres de certains artistes de ce mouvement. Cette exposition tombe dans une certaine ironie par rapport à l'intention initiale du mouvement, mais elle permet de faire connaître cette nouvelle alternative et ses réflexions. L'exposition s'intitulait « EarthWorks » et s'est tenue à New York.
Un an plus tard, en 1969, l'université Cornell invite certains des artistes mentionnés à réaliser plusieurs interventions dans son musée.
Documentaires et films sur le land art
Ces œuvres se trouvant souvent dans des lieux reculés, on pourrait penser que la seule façon de les découvrir est de passer par les archives des artistes, comme les photographies ou les dessins. Pourtant, j’ai une bonne nouvelle : certains artistes, ainsi que d’autres réalisateurs, ont anticipé cette contrainte en réalisant des courts-métrages documentaires dans lesquels ils présentent leurs œuvres et leurs réflexions plus en détail. En voici quelques-uns :
SPIRAL JETTY [FILM] Robert Smithson (1970), Spiral Jetty, Grand Lac Salé. Durée : 35 minutes. Holt/Smithson Foundation.
CHRISTO'S VALLEY CURTAIN AND RUNNING FENCE Albert Maysles, David Maysles et Charlotte Zwerin (1977). Durée : 58 minutes. Nommé à l'Oscar du meilleur documentaire.
Leaning Into the Wind: Andy Goldsworthy Thomas Riedelsheimer (2017). Durée : 90 minutes.
Nous arrivons ainsi à la fin de cet article. J’espère qu’il vous aura semblé à la fois intéressant et agréable à lire. Grâce à ces artistes, nous comprenons que nous pouvons créer partout, et qu’il est essentiel de réfléchir à notre place dans le monde que nous habitons.