Faut-il du talent pour dessiner ?
Bonjour à toutes et à tous, aujourd’hui, on va parler d’une question que beaucoup se posent, souvent avec un peu d’appréhension : faut-il du talent pour dessiner ? C’est une idée très répandue : certains seraient « nés avec le don du dessin », pendant que d’autres en seraient privés. Pourtant, la réalité est toute autre. Le dessin n’est pas une affaire de don mystérieux, mais de regard, de pratique et surtout… de patience.
Le mythe du talent inné
On a tous déjà entendu cette phrase : « Moi, je ne sais pas dessiner, je n’ai pas de talent. »
Mais le talent, dans le dessin, n’est pas une porte magique qui s’ouvre ou se ferme à la naissance. C’est plutôt une facilité à observer, à comprendre les formes, les volumes, la lumière… et ça, ça se développe.
Les artistes que vous admirez aujourd’hui ont tous commencé quelque part. La plupart ont passé des heures à rater, à effacer, à recommencer. Ce n’est pas le talent qui fait la différence, mais l’envie de progresser. Finalement le dessin fonctionne comme tout, plus vous le pratiquez, plus il devient naturel. Il paraît évident qu’aucun champion olympique n’est né en sachant parfaitement pratiquer son sport, alors pourquoi cela serait-il différent avec le dessin ?
Prenons mon propre exemple : je suis née en 1996, et comme vous pouvez le voir, à 10 ans, j’étais loin d’être une prodige en dessin. Pourtant, avec de la pratique et du travail, on finit par obtenir des résultats plutôt convaincants. Notez bien que durant toutes ces années, je n’ai pas dessiné de manière constante. Il ne vous faudra donc pas forcément une décennie pour atteindre un bon niveau.
Ce qu’on appelle vraiment « talent »
Ce que beaucoup appellent talent, c’est souvent le résultat d’une expérience accumulée.
Un artiste expérimenté semble dessiner “sans effort” parce qu’il a tellement observé, essayé et corrigé que certains gestes sont devenus instinctifs. Ce n’est pas un don, c’est de la mémoire visuelle et gestuelle.
Et puis, il existe différents types de talent :
Certains ont une sensibilité naturelle aux formes et à l’espace.
D’autres comprennent intuitivement la couleur ou la lumière.
D’autres encore ont un sens inné de la composition ou du mouvement.
Mais même ces qualités ne remplacent pas l’entraînement. Le dessin est une discipline où tout s’apprend : la perspective, les proportions, la couleur, la ligne.
Les deux dessins ci-dessous ont été réalisés par la même personne, à la même période. Pourtant, on remarque clairement que les paysages sont plus aboutis en termes de rendu final. C’est tout simplement parce que c’est son domaine d’expertise. Il en va de même pour tous les dessinateurs, même les professionnels.
Le rôle de la pratique dans la progression en dessin
Apprendre à dessiner, c’est un peu comme apprendre une langue ou un instrument de musique. Au début, on tâtonne. On cherche ses repères. Mais à force, les gestes deviennent naturels.
Le plus grand secret du dessin, c’est l’observation. Plus vous apprenez à regarder, mieux vous dessinez. Regarder, ce n’est pas seulement voir une forme, mais comprendre sa structure, sa lumière, son rythme. C’est pour cela que les exercices d’observation, les études de croquis, ou même les dessins rapides sont essentiels : ils entraînent votre cerveau à traduire ce que vos yeux perçoivent.
Mais il y a une autre clé souvent sous-estimée : apprendre les bases. Beaucoup pensent que suivre des cours bride la créativité, alors qu’en réalité, c’est tout l’inverse. Connaître les fondamentaux (la perspective, les proportions, les ombres, la composition, la couleur) donne une vraie liberté. Quand ces notions deviennent naturelles, vous pouvez ensuite les détourner, les simplifier ou les styliser à votre manière.
Prendre des cours, c’est aussi bénéficier d’un regard extérieur bienveillant. Un professeur peut corriger vos automatismes, vous aider à comprendre vos erreurs, et surtout vous faire gagner du temps. Il n’est pas là pour vous imposer un style, mais pour vous donner des outils solides afin que vous puissiez exprimer le vôtre.
Grâce aux corrections que vous recevez en montrant votre travail aux autres, il devient beaucoup plus facile de progresser rapidement. Sans forcément augmenter votre niveau technique, vous pouvez déjà obtenir des résultats bien plus harmonieux. C’est l’exemple du dessin ci-dessous, qui a été largement amélioré simplement grâce à des retours et quelques ajustements.
Le regard sur soi
Le vrai frein à la progression, ce n’est pas le manque de talent, mais le regard trop critique qu’on porte sur soi. Beaucoup abandonnent parce qu’ils comparent leurs dessins à ceux d’artistes plus avancés. Pourtant, chaque croquis, même maladroit, est une étape nécessaire.
Les artistes ne publient pas leurs essais ratés, leurs pages raturées ou leurs erreurs de proportions… mais ils en ont des dizaines. Apprendre à dessiner, c’est aussi apprendre à accepter l’imperfection et à s’amuser du chemin parcouru.
Lorsqu’on réalise le dessin de gauche, il peut nous sembler très réussi sur le moment. Puis, avec la pratique, on progresse, on affine son regard, et on parvient à des dessins plutôt comme celui de droite. C’est là qu’on prend conscience du chemin parcouru et du niveau qu’on a acquis. Cela ne veut pas dire pour autant qu’au moment de sa réalisation, le dessin de gauche était raté, il correspondait simplement à notre niveau d’alors, et c’est justement ce qui rend la progression si gratifiante.
Plus que le talent, c’est la curiosité et le plaisir de créer qui nourrissent un artiste.
Le dessin demande de la régularité, oui, mais surtout de la passion. Ce qui compte, ce n’est pas d’être le meilleur, c’est d’avoir envie de comprendre, d’expérimenter, d’exprimer quelque chose. Le talent, s’il existe, n’est que le point de départ. Ce qui compte, c’est le chemin que vous construisez ensuite.
Alors, faut-il un don pour bien dessiner ?
Pour conclure, non, il ne faut pas de talent pour dessiner. Il faut de la patience, de la curiosité, et surtout le courage de continuer, même quand on doute. Chaque coup de crayon, chaque croquis, chaque erreur fait partie du processus. Et la plus belle partie de ce voyage, c’est qu’on ne cesse jamais d’apprendre.
Rédactrice et illustratrice : Chloé Pouteau