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par Tristan de Dessindigo

Peindre en combinant l’aquarelle et l’encre de Chine

Dans le monde de la peinture, il existe un domaine fascinant que l’on appelle les techniques mixtes. Elles permettent de tirer parti de deux, voire plusieurs médiums dans une même œuvre.

Aujourd’hui, je vous propose d’explorer l’alliance subtile entre l’aquarelle et l’encre de Chine, deux matériaux incroyablement expressifs dont la combinaison évoque la délicatesse, l’élégance et la simplicité.


Les caractéristiques de l’aquarelle et de l’encre de chine 

Commençons par comprendre les caractéristiques de l’aquarelle et de l’encre de Chine afin de savoir comment les associer harmonieusement dans une même pièce.


Composition

Petite anecdote : l’aquarelle est composée de pigments colorés d’origines variées et de gomme arabique comme liant, ce qui lui confère ses propriétés uniques. L’encre de Chine, quant à elle, est fabriquée à partir de suie (ou noir de fumée), d’où son noir profond, et utilise la gomme-laque comme agent liant.


Application

Pour peindre à l’aquarelle, nous utilisons des pinceaux et de l’eau afin de diluer les pigments et les déposer sur le papier. L’encre de Chine peut s’appliquer au pinceau ou à la plume, selon que l’on souhaite peindre ou tracer des lignes précises.


Consistance

L’aquarelle est, par nature, transparente. Cela permet de travailler par superpositions de couches ou en lavis. L’encre de Chine, elle, est dense et concentrée, mais soluble dans l’eau : en la diluant, on peut obtenir de belles transparences.


Sumi-e et la tradition asiatique

En Chine et au Japon, une technique nommée Sumi-e s’est développée autour de l’encre de Chine. Elle servait à créer des paysages et compositions minimalistes d’une grande expressivité. Les artistes réalisaient plusieurs lavis d’encre à différentes concentrations pour obtenir une multitude de tons de noir, et ajoutaient parfois des touches de couleur symboliques comme une fleur ou un soleil rouge pour renforcer le sens de l’œuvre.


Conseils pour combiner aquarelle et encre de Chine 

Voici quelques recommandations pour intégrer ces deux techniques sans accident et obtenir une composition harmonieuse :

- Utilisez-les à des moments différents : terminez d’abord tout ce que vous souhaitez réaliser avec l’un des deux médiums avant de passer à l’autre.
- Transparence et opacité : le contraste entre la légèreté colorée de l’aquarelle et le noir profond de l’encre de Chine crée un effet visuel très fort.
- Travaillez les lavis : diluez à la fois l’encre de Chine et l’aquarelle pour obtenir une large gamme de tons subtils et cohérents.


Peindre à l’aquarelle et à l’encre de chine étape par étape

Avant de commencer, assurez-vous d’avoir tout le matériel nécessaire. Voici une petite checklist :

- Pinceaux de différentes tailles et formes.
- Aquarelles (en godet ou en tube).
- Encre de Chine.
- Plume ou pinceau dédié.
- Palette pour les mélanges.
- Papier épais (grammage de 250 g/m² ou plus).
- Ruban adhésif pour fixer les bords du papier.
- Un ou deux récipients d’eau.
- Crayon graphite et gomme mie de pain.
- Mouchoir, serviette ou chiffon pour absorber les excès d’eau.


Dessiner le croquis

Nous allons appliquer cette technique à un dessin d’apparence simple mais visuellement puissant. Vous verrez comment le dialogue entre l’encre et les espaces blancs peut créer un effet captivant.


Première couche d’aquarelle

Pour commencer, vous pouvez utiliser un pinceau imbibé d’eau pour dessiner un pétale, puis un autre pinceau chargé de pigment rose afin de laisser la couleur se diffuser sur la surface humide. Ajoutez ensuite quelques touches d’autres teintes proches pour créer de jolis dégradés et des transitions douces entre les couleurs.

Passez à l’oiseau : appliquez une tache bleue d’aquarelle, peignez uniquement quelques détails, et laissez volontairement beaucoup d’espaces blancs. En ajustant la quantité de pigment dans votre mélange, vous pouvez obtenir des tons plus clairs simplement en diluant davantage votre pinceau.


Détails des fleurs et des bourgeons

Reprenez votre teinte de base (rose) et ajoutez une pointe de violet pour obtenir un ton légèrement plus foncé. Utilisez-le pour peindre certains détails. Assurez-vous que la première couche soit parfaitement sèche avant d’ajouter de nouvelles couleurs afin d’éviter que les pigments ne se diffusent.

Pour créer des dégradés sur une surface déjà sèche, appliquez la nouvelle couleur, puis adoucis­sez-la avec un pinceau propre et humide. Cette méthode donnera du volume et de la profondeur à vos petits bourgeons. 


Comment appliquer l’encre de Chine ?

Avant de passer à la composition finale, prenez le temps de vous familiariser avec l’encre. Prenez une nouvelle feuille, un autre pinceau, chargez-le généreusement d’encre, puis observez attentivement le papier. Commencez à tracer librement : lignes longues ou courtes, droites ou courbes, points et touches variées.

Explorez les effets obtenus selon que le pinceau soit plein d’encre ou presque sec, et essayez aussi d’appliquer de l’encre diluée pour en évaluer la texture et la fluidité. 

Une fois à l’aise, passez à votre dessin final : tracez les branches du cerisier, en laissant volontairement des espaces blancs.

Dessinez ensuite l’oiseau au centre de la composition : les ailes, la tête avec  un petit bec arrondi, et peignez entièrement en noir les plumes de la queue.

Réalisez un lavis en diluant l’encre dans une quantité d’eau égale ou supérieure. Avec ce nouveau mélange, ajoutez des détails secondaires, comme quelques feuilles et de petites branches.

Cette encre diluée peut aussi être utilisée comme une aquarelle pour enrichir les plumes de l’oiseau par des dégradés subtils, ou pour superposer des couches et obtenir des nuances plus sombres à partir de la même encre.

Voici le résultat de notre création du jour : une œuvre équilibrée entre douceur et contraste, expressive sans être chargée de détails. À présent, c’est à vous de jouer ! Expérimentez, amusez-vous et laissez parler votre sensibilité artistique.

Rédacteur et illustrateur : Bryam Nopia