Dessiner les ombres d’un visage
Quand on apprend le portrait, on commence par les proportions, les mesures, les traits du visage. Mais il arrive un moment où beaucoup de débutants se heurtent à la même difficulté : ne pas savoir où placer les ombres. C'est précisément ce qu'on va voir dans cet article, un guide complet pour comprendre les volumes du visage et leur interaction avec la lumière.
Les volumes du visage : la base à comprendre
Le visage n'est pas plat. Il est rempli de reliefs et de creux qui en font un terrain dynamique, où la lumière interagit de façon très différente selon les zones.
La façon la plus simple de comprendre cette structure est de diviser le visage en sections géométriques. On observe alors que le centre du front, le haut des pommettes et l'arête du nez reçoivent pleinement la lumière. À l'inverse, les cavités des yeux, le bas du nez et la lèvre supérieure s'assombrissent plus intensément. Le reste du visage se travaille avec des tons intermédiaires.

La direction de la lumière : comment elle change tout
En ayant conscience des volumes du visage, on peut construire un schéma général d'éclairage. Mais la lumière est dynamique, elle change tout selon son point d'origine. Voici les principaux scénarios.
Lumière frontale
Quand la source lumineuse se trouve face au modèle, les zones centrales du visage s'illuminent tandis que les côtés s'assombrissent. Contrairement au schéma général, les cavités des yeux et les narines sont ici bien touchées par la lumière.

Lumière latérale
Si la lumière vient d'un côté, ce sont logiquement les zones de ce côté qui reçoivent le plus fort impact. Le côté du nez s'illumine lui aussi grâce à son relief, tout en projetant une ombre vers le côté opposé.

Lumière supérieure
Avec une lumière venant du dessus, les pommettes, l'arête du nez, la lèvre inférieure et la partie supérieure du nez s'illuminent. Les cavités des yeux et les zones orientées vers le bas s'assombrissent davantage.

Lumière inférieure
C'est l'éclairage typique des scènes de terreur : le visage est presque entièrement dans l'ombre, seules les cavités des yeux sont éclairées. Les zones habituellement sombres s'illuminent, narines, lèvre supérieure, dessous du menton, ce qui donne une expressivité très particulière.

Directions mixtes
Quand deux sources lumineuses se combinent, on retrouve des similitudes avec chacun des deux points d'origine, mais ce n'est pas une simple addition. La direction modifie toujours les zones éclairées et les zones dans l'ombre. À ce stade, l'identification des ombres devient plus intuitive.
Lumière diagonale : latérale inférieure
Depuis un coin inférieur, la lumière se comporte comme une lumière inférieure en couvrant la majeure partie du visage d'ombres, tout en éclairant doucement les cavités des yeux, le côté du nez, les narines, la lèvre supérieure, le menton et la joue orientée vers la lumière.

Lumière diagonale : latérale supérieure
Depuis un angle supérieur, les zones qui regardent directement la lumière reçoivent un éclairage intense, tandis que d'autres zones proches, comme la joue opposée, s'éclairent légèrement. La différence la plus nette se trouve dans les cavités des yeux : l'une s'assombrit bien plus que l'autre.

Les types de lumière et leur comportement
La direction n'est pas le seul facteur à prendre en compte. Le type de lumière change aussi radicalement le rendu des ombres.
La lumière solaire
En extérieur, la lumière du soleil couvre tout. Les objets les plus grands projettent des ombres sur les voisins, des ombres pleines de couleurs et de nuances, proches d'un glacis doux qui laisse voir ce qu'il recouvre. La position du soleil change aussi selon l'heure : l'ombre de midi est très différente de celle du coucher du soleil.

“Argenteuil” (1874) Édouard Manet
La lumière d'intérieur
La lumière solaire pénètre dans nos maisons, mais rebondit sur toutes les surfaces en se transformant. Dans un intérieur, les ombres sur le visage se répartissent de façon plus uniforme et plus douce.

"Madame Vigée-Lebrun avec sa fille" (1789), Élisabeth Vigée-Lebrun
La lumière artificielle douce
Bougies, torches, lanternes, ces sources émettent une lumière douce à portée courte. Résultat : des contrastes très forts, une prédominance d'ombres dures et peu de dégradés.

"Garçon allumant une chandelle" (1571-1572), El Greco
Dessiner les ombres d’un visage étape par étape
Chaque lieu et chaque moment possèdent une disposition lumineuse unique. Les scénarios vus plus haut servent de base, mais c'est toujours le contexte réel qui indique quel schéma appliquer. Faire des études avec des modèles réels régulièrement est la meilleure façon de construire sa propre conscience de l'ombre.
Commencez par un croquis simple à partir de votre modèle ou référence. Tracez les dimensions du visage avec des lignes guides, en utilisant une grande partie de la surface, des traits plus grands permettent d'appliquer des ombres plus précises.

Définissez les traits principaux comme la cavité des yeux ou la taille du nez, et cherchez la ressemblance des dimensions.

Avant de passer au dessin au trait, atténuez le croquis avec une gomme mie de pain ou un chiffon. Dessinez ensuite chaque trait avec des lignes plus précises, fines pour les éléments exposés à la lumière, épaisses pour les zones de plus grande profondeur.

Ajouter les ombres au dessin
Pensez aux ombres comme à des taches qui couvrent la peau. Observez où se trouvent les plus sombres et quels volumes elles recouvrent.

Commencez par couvrir d'une couche sombre les zones identifiées, puis ajoutez une couche de valeur intermédiaire pour donner un volume de base. Ne cherchez pas à estomper à ce stade, ce qui compte, c'est que les zones soient bien définies.

Dessiner les détails du visage
Une fois la base posée, sélectionnez une zone et affinez les ombres progressivement avec crayon et gomme pour ajouter et retirer de la matière.

Pour la pilosité faciale, évitez la simple tache noire, utilisez des lignes courtes qui imitent la composition de chaque poil, en les accumulant là où c'est plus sombre et en les espaçant dans les zones claires.

Pour les grandes zones comme le front et les pommettes, passez une estompe ou un coton pour adoucir en conservant les contours nécessaires. Pour les zones plus petites, yeux, nez, bouche, le travail combiné du crayon et de la gomme suffit généralement.

Finaliser son dessin
La magie des ombres réside dans leur contraste avec les lumières. Terminez en ajoutant quelques reflets avec un crayon blanc de type pastel, quelques touches dans les yeux, sur le nez, les lèvres et certaines mèches suffisent pour donner beaucoup de vitalité à la pièce.

Et voilà pour ce tutoriel ! J'espère qu'il vous aura donné une meilleure compréhension des ombres sur le visage. C'est un sujet qui demande de la pratique, mais une fois qu'on commence à voir les volumes plutôt que les traits, tout change. À vous de vous lancer avec vos propres références, photos trouvées en ligne ou selfies de votre galerie. À bientôt !
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