Comment peindre en perspective atmosphérique à l'aquarelle ?
Quand on parle de perspective, on pense souvent à la perspective oblique, frontale ou isométrique, avec leurs points de fuite et leurs lignes de projection. Mais la perspective atmosphérique, elle, joue sur d'autres paramètres : la profondeur, l'éloignement, la sensation de brume. Des notions que l'aquarelle maîtrise naturellement, et c'est précisément ce qu'on va explorer ici.
Qu'est-ce que la perspective atmosphérique ?
L'air qui nous entoure n'est pas invisible, il a une densité. Plus un objet est loin, plus la masse d'atmosphère entre lui et nous est importante. Résultat : un voile bleuté vient progressivement fondre le paysage dans le ciel, tandis que les détails s'estompent et les contrastes s'affaiblissent.

L'aquarelle et la perspective atmosphérique
L'aquarelle est par excellence la technique du paysage. Il n'est donc pas étonnant qu'elle se prête aussi naturellement à ce principe né à la Renaissance. Le maître Thomas Ender en offre un bel exemple avec son Château de Lomnitz et les Tatras en Hongrie (1861) : les montagnes s'y estompent avec majesté à mesure qu'elles reculent vers l'horizon.

“Le château de Lomnitz et les Tatras en Hongrie” (1861) Thomas Ender
Avant de peindre, il faut identifier les plans de la scène. Un premier plan très détaillé, un deuxième plus terne et moins défini, un troisième aux tons proches du ciel, et ainsi de suite jusqu'aux montagnes presque transparentes au loin.

Peindre un paysage en perspective atmosphérique à l’aquarelle
Avant de commencer, parlons du matériel. Pour cela, il est nécessaire de rassembler vos aquarelles, vos pinceaux et votre papier spécial aquarelle, ainsi que quelques accessoires comme du ruban de masquage, un crayon, une gomme, un récipient d’eau et un petit chiffon

Prenez maintenant votre feuille, mais ne la préparez pas encore pour la peinture. Commencez d’abord par réaliser le croquis : une fois le papier humidifié, tracer et effacer des lignes risquerait de l’endommager.
Dessinez une ligne d’horizon légèrement en dessous du milieu de la feuille, puis esquissez quelques collines au-dessus. Cette étape permet de structurer la composition et de distinguer clairement le premier plan de l’arrière-plan.

Dessinez maintenant quelques montagnes plus escarpées et nettement plus hautes, avec des traits plus droits et plus fermes pour obtenir un effet rocheux. Nous terminons ainsi la séparation des plans : un espace plus grand pour le premier plan, un niveau intermédiaire pour le deuxième, et des montagnes lointaines pour le troisième.

Au premier plan, vous pouvez placer les éléments que vous souhaitez. Pour ce paysage, nous créerons un chemin qui entre dans la composition en courbe, élégamment bordé par un ancien mur de pierres, formant ainsi un petit jardin où quelques arbustes et rochers viennent compléter la scène.

Repérez les deux premières collines, les plus petites et les plus larges, sur lesquelles nous plaçons une forêt qui s'enfonce dans la montagne. Pour cela, dessinez de petites formes allongées basées sur des triangles légèrement déformés.

Prenez votre papier et préparez-le pour commencer à peindre. Éliminez d'abord les excédents de graphite avec une gomme pour libérer le dessin de tout trait inutile.
Humidifiez ensuite le papier à l'aide d'un pinceau en couvrant toute la surface de traits horizontaux pour répartir l'eau uniformément,vous pouvez aussi l'immerger et le laisser sécher sur une surface plane.
Pour finir, attendez qu'il sèche complètement et fixez tous ses bords avec du ruban adhésif pour éviter les déformations.
Ajouter l’aquarelle
Prenez le bleu ciel et appliquez-le dans les zones supérieures du ciel, en couvrant progressivement le papier sans toucher les zones réservées aux nuages. Pour créer le dégradé, ajoutez simplement plus d'eau au pinceau sans ajouter de pigment, à chaque nouveau passage, la couleur deviendra naturellement plus transparente.

Peindre le premier plan
Utilisez un vert pour peindre les surfaces herbeuses, en jouant sur les dilutions pour créer plusieurs tons à partir d'un même pigment, comme nous venons de le faire pour le ciel. Vous pourrez ainsi poser les ombres naturellement.
Pour les arbustes, optez pour un vert beaucoup plus sombre afin de créer du contraste. Laissez quelques zones blanches pour apporter de la lumière.

Passons maintenant aux rochers. Évitez le gris ou le marron appliqués seuls, le résultat risque de paraître un peu amateur. Préférez des variantes ternes de bleu et de jaune, ou mieux encore, combinez-les pour créer un gris chromatique qui s'intègre naturellement à la composition.

Dessiner le second plan
Place maintenant aux collines et à leur forêt de pins. Prenez un vert foncé et tracez le contour, puis repassez avec un pinceau chargé d'eau pour que la couleur prenne progressivement une apparence plus transparente.

Pour donner un aspect naturel à chaque arbre, travaillez en zigzag horizontal en vous appuyant sur les triangles du croquis. Si vous ne disposez pas d'un vert plus foncé, créez un lavis bleu-rouge bien pigmenté pour obtenir un ton plus profond. Peignez les arbres et laissez-les sécher légèrement avant d'ajouter de nouveaux traits.

Appliquer la perspective atmosphérique
Reprenez le même ton de vert que celui utilisé pour les collines, mais diluez-le davantage pour le rendre plus transparent. Appliquez ensuite la couleur avec des traits en forme de pointes allongées et torsadées, tous étirés dans la même direction.

Pour finir, mélangez du vert avec un peu de bleu pour créer un lavis peu pigmenté, et appliquez-le sur les montagnes les plus lointaines en suivant la même logique de traits. Passez ensuite ce même voile bleuté sur les montagnes intermédiaires pour les faire reculer dans l'espace.

Votre paysage est maintenant terminé. L'aquarelle est une technique idéale pour rendre cette sensation de brume et de profondeur, ses transparences naturelles font tout le travail. À vous maintenant d'en réaliser votre propre version en appliquant ces principes.
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